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La maladie blanche (1937)

   La piece de Karel Èapek, La maladie blanche parle d'une maladie incurable, d'une guerre impitoyable et de la responsabilité d'un simple médecin devant tout cela. Comme avec sa piece R.U.R. qui a donné naissance au mot « robot », avec ses romans Krakatit ou bien La fabrique d'absolu (Továrna na absolutno) qui ont annoncé l'arme nucléaire et la fission nucléaire, Èapek écrit une prophétie du monde a venir. Sans etre un écrivain de la science-fiction, Èapek a anticipé beaucoup de choses, ceci en partie grâce a son intéret vif pour la science, mais surtout parcequ'il connaissait tres bien la nature humaine, les désirs et les peurs de nous hommes, qui nous menent ici a la gloire, la vers la fin.

Présentation du livre
Comme c'est souvent le cas avec Èapek, La maladie blanche est une piece atemporelle, elle touche ses lecteurs et ses spectateurs aujourd'hui comme lors sa premiere, il y a 60 ans au Théâtre national a Prague. La maladie blanche est une espece de lepre qui se manifeste par des taches blanches insensibles sur la peau. Elle est facilement transmissible mais n'affecte que ceux qui ont plus de 45 ans. Les patients qui ont des taches blanches n'ont que quelques semaines a vivre dans des douleurs horribles; dans les phases finales cette maladie ressemble étroitement a la lepre ordinaire. Cette maladie est irrémédiable, malgré des efforts tres importants la science moderne depuis des années. Le docteur Galén, arrive un jour a l'hôpital d'Etat et demande permission de tester son traitement de la maladie. Il surmonte la méfiance initiale et a la grande surprise du chef de l'hôpital, le traitement a du succes. La presse est convoquée et la grande nouvelle est annoncée. Galén qui se tenait jusque la a l'écart prend la parole et annonce qu'il ne publiera sa potion avant que la paix mondiale ne soit instaurée. Il était docteur dans les tranchés et a vu des centaines des hommes sains mourir dans la guerre pour rien. Il a, en tant que médecin, le devoir moral d'utiliser sa découverte afin d'instaurer la paix.
   Son intervention fait scandale et Galén se retire dans les quartiers populaires ou il traite les patients atteints de la maladie blanche les plus pauvres. Il dit qu'eux, les pauvres, sont les plus démunis, que c'était toujours les pauvres qui mouraient le plus que ce soit dans les guerres ou lors des épidémies. Et qu'il faut les guérir, les masses des pauvres. Dans son cabinet, il n'accepte pas les riches, car ce sont eux qui ont le pouvoir, qui ont la possibilité d'influer les décisions des gouvernements, qui peuvent les convaincre a conclure des accords de paix a l'échelle mondiale.
   Le pays ou vit Galén est sous la dictature du Maréchal qui se prépare a attaquer un petit pays voisin. Le gros de l'effort de l'armement est sur les épaules du baron Krüg, un millionaire propriétaire des usines d'armement. Celui-ci, le seul ami du Maréchal, découvre que lui aussi est atteint de la maladie. Il demande Galén de le soigner mais celui-ci le reconnait et refuse: il est riche. Krüg le supplie et offre des millions. Galén finit par accepter de le soigner sous la condition que le baron arrete définitivement l'armement. Krüg annonce cela au Maréchal et lui dit qu'il souhatait accepter la condition du docteur. Le Maréchal refuse de mettre en péril ses plans militaires et ordonne une augmentation de production d'armes. Krüg se suicide dans son bureau.
   Le Maréchal lance une offensive surprise sans déclaration de guerre contre le petit pays ; des centaines d'avions bombardent sa capitale, des divisions entieres de chars d'assaut se heurtent contre ses frontieres. Une foule excitée loue et acclame le Maréchal devant son palais. Lors de son discours a la foule le Maréchal se frappe dans la poitrine mais ne sent rien. Il se retire chez soi et découvre une tache géante sur son torse. Le chef de l'hôpital constate qu'il lui restent six semaines de vie. Entre temps des nouvelles du front arrivent : l'attaque a été attendue, le petit pays se défend acharnement et mieux qu'il n'était prévu. La guerre durera surement des mois.
   La fille du Maréchal et son copain appellent Galén qui promet de venir sous condition que le Maréchal arrete la guerre et déclare la paix avec le monde entier. Vu que c'est le dictateur le plus redouté du monde, sa déclaration aurait un impacte immédiat sur les autres pays et le reve de Galén pourrait devenir la réalité. Le Maréchal refuse d'abord, meme si il est presque fou de panique et de peur de la mort. Il cede enfin, et promets d'arreter les opérations. Il s'est trouvé un nouveau combat, celui pour la paix mondiale, en tete de tous les lepreux de la planete et au nom de l'humanité.
   Devant le palais du Maréchal la foule ne cesse de chanter et de scander des slogans belliqueux. Galén arrive et s'oppose a la foule : « Non, pas de guerre ! Non a la guerre ! » La foule l'insulte de traitre et finit par l'abbatre. Les flacons avec son médicament sont piétinés. Le dernier rideau tombe.
Analyse critique
Èapek met en scene ici deux conceptions directement opposées : D'un côté un dictateur, aveuglé par sa lutte pour la grandeur et la gloire de sa nation et sa expansion territoriale, une figure antipathique, qui représente l'égoisme de la violence, du mal, du désir de conquete, de victoire. De l'autre, un médecin naif, qui depuis des années hait en secret la guerre et le mal qu'elle cause. La chance lui a mis entre les mains la potion contre le peste moderne, la maladie blanche. Ce remede convoité par le monde entier devient une pussiante arme de... chantage. Galén n'hésite pas a utiliser la force, les pleurs, la peur, n'hésite pas a sacrifier des milliers de malades pour obtenir son but qu'il s'est décidé d'atteindre : la paix mondiale.
   Au premier abord, la donne est évidente : un méchant dictateur qui bloque le chemin vers la paix mondiale, un but qui est cher a la grande majorité des hommes. Mais les premieres apparences sont souvent trompeuses. La chose est nettement plus complexe. Le docteur Galén force sa vision de l'ordre mondial sur les autres. La paix, imposé brutalement, par coercition, par peur d'une mort certaine, est-elle différente d'une dictature mondiale d'un seul homme qui en contrôlant l'ensemble de la planete assure la paix ? Peut-on imposer des idéaux moraux sur les autres sans les compromettre ou sans devenir des despotes ?
   Les questions qu'on peut lire entre les lignes du drame de Èapek sont aussi pertinentes aujourd'hui qu'en 1937, la veille de la Seconde guerre mondiale. Le pacifisme fanatique dont Galén était prophéte et dont les manifestations massives ont secoué les métropoles mondiales dans les mois précédants l'intervention anglo-américaine en Irak, n'est-ce une dictature dissimulée ? Peut-on imposer la démocratie, un principe conçu comme bon et juste, en Irak et ailleurs par la force ? Ou, d'un autre côté : la paix mondiale, est-elle possible ? Les hommes, tous ceux qui constituent les populations des nations du monde, ne sont-ils eux, les coupables des guerres ? Peut-on a jamais imputer les dirigeants de tous les maux qui ravagent notre planete ? Les hommes, sont-ils bons par nature ? Ne sont-ils pas plus mauvais qu'on ne les croyait ?
   Èapek était un humaniste convaincu, ce trait de sa personalité est indissociable de son oeuvre. Mais avec la montée du nazisme, son humanisme est devenu plus réaliste. L'homme est bon, mais tres fragile ; il se laisse trop facilement manipuler par les dirigeants rusés. Et c'est a l'homme de construire un monde nouveau. L'homme, les peuples de la planete peuvent assurer la paix mondiale, pas un docteur par sa potion - miracle.
Dominik Zunt

Dominik Zunt 1998-2004, traduction: Lucie Stembirkova, design: Radek Varbuchta